par Georges Perec

PAOLO BONI, LE MÉCANICIEN DE L’IMAGINAIRE

La première sensation que l’on éprouve lorsque l’on regarde le travail de Paolo Boni est celle d’un combat : combat entre le peintre et sa peinture, combat contre la matière, contre les formes, combat contre l’espace initial du tableau, son cadre même, ce châssis de bois tendu de toile dont, à première vue, on pourrait croire qu’il sera incapable de contenir l’énergie qui s’y est emmagasinée, comme si le peintre  avait tenté d’y comprimer un instant des forces, des tensions dont le rassemblement semble devoir provoquer tôt ou tard une déflagration…

L’agencement de ces éléments de base incessamment repris d’une toile à l’autre, leur superposition, leur désarticulation, leur jeu, produit ces étranges trompe l’œil qu’on dirait élaborés par un mécanicien de l’imaginaire qui irait chercher au fond des forges, des fonderies et des ateliers la matière même de ses rêves.

Georges Perec, Extrait de présentation à la Fiac